Clap de fin.

Une case en moins.

Cette douzième édition du Trophée Marie-Agnès Péron a tenu ses promesses. De la compétition, de l’émotion, des souvenirs plein la tronche, juste de quoi tenir jusqu’à l’année prochaine.

Sur le “Map”, comme disent les ministes entre-eux, tout ce qu’on peut attendre d’une course à la voile en solitaire a, une fois encore, offert un spectacle sportif digne des meilleurs scénaristes avec son lot de surprises malgré le caractère prévisible de ses tenants et aboutissants, malgré les tours et détours d’un parcours gravé dans le granit breton.

A ce titre, le Comité de course avait estimé qu’avec les conditions de vent annoncées, un départ à 18h00, donnait à la flotte la possibilité de passer le Raz de Sein avant la renverse et qu’avant celle-ci, le chemin du Sud, vers l’île de Groix serait grand ouvert. Et si c’est bien comme ça que les choses se sont déroulées, ça ne l’a été que partiellement. En effet, si une trentaine de Minis franchissait le passage à niveau que représente cette première difficulté, il n’en allait pas de même pour le reste de la flotte.

Et encore, avec des fortunes diverses !

Une bonne vingtaine de participants allait fair le yoyo dans le raz pendant plusieurs heures, passant le raz vers le Sud à la faveur d’une risée bienvenue, le repassant vers le Nord à la défaveur d’une molle indésirable ou d’un tourbillon entraînant un surplus de jusant. Le sort nautique se jouant ainsi des nerfs des pauvres marins tendant leurs trajectoires comme les cordes d’un violon. Quelques dix skippers s’extrayaient un à un du piège maritime pour entamer l’un après l’autre une course poursuite aussi vaine qu’inutile n’ayant plus pour objet que de ne pas se décourager et de pousser l’effort sans abandonner.

La dernière dizaine enfin, les moins chanceux à coup sûr, restait tankée devant la Plate comme des huîtres sur un rocher. Rien à faire, l’horreur absolue pour un skipper en régate: plus rien ne bouge. Ou plutôt si, le courant ! Dans le mauvais sens bien entendu. Il vous repousse, vous rejette, vous renvoie là d’où vous veniez! Ces marins-là n’avaient d’autres choix que celui de jeter l’ancre, de “mouiller” selon le jargon utilisé, pour éviter de reculer ou, pire encore, pour éviter les rocs et les hauts fonds. Un désastre! Un de ces moments de grande solitude, où l’on se dit – pensant ne jamais l’oublier – “Qu’est ce que je fous là, faut vraiment avoir une case en moins pour faire des trucs pareils !”. Ceux-là formeront l’essentiel du contingent des abandons.

Le diable au trousse.

Sur ce Map 2016, on attendait un cavalier seul de Ian Lipinski sur son intouchable n°865 “Griffon.fr”. L’opposition n’était pas nombreuse (seulement 9 protos au départ, 6 à l’arrivée); des bateaux plutôt anciens face au révolutionnaire plan Raison; des skippers ne connaissant pas encore toutes les ficelles sur les bateaux les plus compétitifs. Bref, on s’attendait à une ballade tout seul devant pour le dernier lauréat de la Mini Transat. Que nenni !

D’abord, l’Espagnol Pablo Torres (431 – “Bicho II Puerto Cherry”) profitait des petits airs de début de course pour prendre la poudre d’escampette et mener la régate plusieurs heures durant jusqu’à hauteur des Glénan. Mais ce n’était rien par rapport à la résistance qu’allaient apporter les Pogo3 réunis pour faire flancher l’indiscutable N°1. Se relayant à la tête de leur course, la petite troupe se maintenait dans le sillage de Ian, jusqu’aux abords de la ligne d’arrivée. Ce n’est finalement qu’avec une avance d’une toute petite vingtaine de minutes sur le deuxiéme au scratch, que le 865 touchait le but. “Je n’ai pas bien navigué” avouait Ian à l’arrivée, “Je me suis même fait un peu peur avec ces fous furieux à mes trousses”.

Le deuxième Proto, le n°618 – “On the road again”, de Maxime Sallé ne sera d’ailleurs que 13ème au scratch. C’est le jeune Gaultier Enguehard qui complète le podium.

L’air de rien, l’Eire de tout.

En Série, la bagarre promettait d’être belle et elle l’a été : les favoris étaient là, les autres aussi ! On pensait celle-ci réservée aux Pogo3 : ça a presque été le cas, les 11 premiers bateaux sont des dernier-nés du chantier Structure.

En début d’épreuve, la contestation de cette supériorité annoncée est venue du Croate Vedran Kabalin sur son TipTop (704 – “ELOA”), de Louis-Xavier Lamiraud sur son Ginto (479 – “Woza Spirit”) et d’ Etienne Fournier sur son Argo (836 – “Dinky Toy”). Mais, dès que la tête de la flotte est arrivée à hauteur de la Jument des Glénan, le top 10 des Séries a été excusivement composé de Pogo3. Seul manquait à l’appel le Belge Jonas Gerckens (882 -”Volvo”) victime de petits incidents techniques au passage du Raz et coincé à la 15ème position.

Allait commencer entre ces furieux un mano à mano du feu de Dieu. Pratiquement à chaque classement on pouvait constater une redistribution des places. A la sortie du tour de l’île de Groix, ils étaient encore dix au coude à coude; au retour sur la Pointe de Penmarc’h, ils étaient encore six à en découdre; puis cinq dans l’escalade vers l’Occidentale de Sein. Au passage de la chaussée de Sein, trois combattants émergeaient à une trentaine de milles de la ligne arrivée. Le sprint final était lancé de très loin entre Tom Dolan (910 – “Offshoresailing.fr”), Pierre Chedeville (887 – “Blue Orange Games” et Erwan Le Droualec (895 – “Emile Henry”).

Davy Beaudart (869 – “Le Fauffiffon Hénaff”) et Yannick Le Clech (906 – “Dragobert”) semblaient avoir renoncé à la course au podium. Seul Gwenolé Gahinet (902 – “Merci logways!”) se battait comme un beau diable pour tenter quelque chose encore.

A la Basse du Lis, au large du Cap de la Chèvre, le trio de tête était quille à quille, il restait une douzaine de milles. Tom Dolan virait cette marque en pole position et ne la lâchait plus malgré le harcelement de Pierre Chedeville. Ayant tout donné dans la bagarre, complètement claqué, Erwan Le Draoulec, le plus jeune skipper, surveillait dans le rétroviseur Gwenolé Gahinet, son célèbre aîné. Plus loin, Jonas Gerckens était revenu à la 7ème place.

Encore et encore refaire la course.

Pour être complet, il faut noter que tous les concurrents terminaient dans les temps et validaient ainsi leur milles en course; que la première fille est Estelle Greck; qu’un skipper a plongé sous son bateau pour libérer la quille du mouillage qui s’y était coincé; qu’un autre était contraint de grimper en tête de mât pour récupérer une drisse; qu’un autre avait percuté un poisson-lune;…toute ces anecdotes, ces plaisirs, ces exploits, ces frayeurs parfois aussi, étaient échangés après l’arrivée, à la Maison du Nautisme de Trèboul, où, malgré l’extrême fatigue, les skippers refaisaient la course, encore et encore, jusque bien après l’arrivée de Georges Kick leur doyen, dernier à franchir la ligne sur le coup de 5 heures du mat’…

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Photographies : Simon Jourdan